Category: Opinion

Le véganisme comme vecteur de cohésion sociale

Une injustice, où qu’elle se produise, est une menace à la justice partout ailleurs.

– Martin Luther King,
Lettre de la prison Birmingham

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Photo de Jo-Ann McArthur, We Animals

Le véganisme est un choix de vie des plus significatifs. À lui seul, il amène une solution de taille face à des enjeux environnementaux majeurs (1), sauve annuellement la vie de plusieurs centaines de milliards d’individus non-humains (2), et, lorsque bien planifié, le régime alimentaire végétalien prévient ou règle une majorité des problèmes de santé des humains (3). C’est déjà un bon début, non?

En plus de ces trois aspects déjà largement documentés, et c’est le point que je souhaite aborder dans cet article, le véganisme a le potentiel d’améliorer la cohésion sociale. Exploiter les animaux maintient le statu quo d’une société injuste qui banalise la violence, néglige l’importance du point de vue d’autrui et favorise toutes les formes d’oppression. Adopter le véganisme encourage des changements sociaux positifs et bien plus profonds qu’on ne l’imagine à première vue.

Briser le statu quo

Il semble généralement plus accepté socialement d’empêcher les gens de changer les choses que de chercher à changer les choses. Nous avons la tendance culturelle à préserver le statut quo, le maintien de l’ordre actuel, à tout prix. Cela se traduit par une absence de réaction face à des paroles ou comportements blessants pour autrui, et par une réaction de déni ou d’agacement lorsque ces paroles et comportements sont dénoncés.

L’état actuel des choses est violent. L’oublions-nous parfois? En voici quelques exemples tout à fait légaux, répandus et constituant la norme :

  • Le modèle capitaliste force l’humanité à occuper la majeure partie de son temps à “gagner sa vie” au lieu de la vivre.
  • Quand le temps libre est rare, il devient laborieux de se préoccuper des conséquences de ses actions sur l’environnement et les autres individus.
  • Le système économique maintient à merveille des inégalités sociales arbitraires entre pays et entre individus.
  • La majorité des objets fabriqués est issue de travail et d’utilisation des ressources inéquitables.
  • Plus de 155 milliards d’animaux sont tués chaque année pour être mangés ou utilisés de diverses manières. Cela est plus facile à éviter que tout le reste.
  • La majorité des individus, humains et non-humains, n’a pas accès à un environnement sain.
  • Notre utilisation actuelle de pétrole et d’énergies non-renouvelables finance des guerres et ne prend pas en compte les besoins humains des prochaines décennies. Les pénuries à prévoir diminueront, entre autres services vitaux, l’accessibilité du chauffage, de la production alimentaire, du transport et de la production de médicaments.

La hiérarchisation des formes de violence est d’une efficacité implacable pour maintenir ce statut quo. Se comparer aux autres permet de se rappeler qu’il y a pire que soi. Faire miroiter ce pire aux gens qui élèvent la voix est une stratégie utilisée par toutes sortes d’autorités politiques et religieuses depuis plusieurs centaines d’années pour maintenir la révolte sociale à un niveau qui ne menace pas l’ordre établi. Et ça fonctionne encore!

À une échelle plus individuelle, remettre à plus tard (on s’occupera des animaux quand il n’y aura plus aucun problème sur terre), c’est l’un des meilleurs moyens de ne jamais y arriver. Si ce n’est pas important aujourd’hui, quelle garantie avons-nous que ça le deviendra demain?

La banalisation de la violence

Plusieurs enfants vivent un sentiment de trahison lorsqu’illes réalisent que la viande de leur assiette a auparavant été un animal vivant. Personnellement, c’est à 11 ans, peu après avoir entendu parler de végétarisme, que j’ai fait ce premier pas. J’avais la chance de vivre dans une famille déjà majoritairement végétarienne, alors j’ai pu m’en tirer assez facilement. Plusieurs parents s’opposent pourtant aux choix alimentaires empathiques de leurs enfants.

Plus déplorable encore que cette opposition, limitée dans le temps, c’est le discours banalisant qui l’entoure. “Oui, je sais, c’est dommage, mais c’est comme ça”. “Moi aussi ça m’attriste, mais bon il faut bien manger”. “Ah mon enfant, tu apprendras dans la vie qu’on fait des choix imparfaits dans un monde imparfait”. Etc. Ces commentaires sont des sentences lourdes de conséquences qui peuvent courber les épaules des jeunes pendant bien plus d’années qu’illes ne s’en rappelleront. Apprendre qu’il faut bien tuer pour vivre, ça fait mal, mais ça s’apprend. Et ça durcit le cœur au passage.

Et il faut bien s’endurcir si on veut profiter de la vie malgré ses nombreuses situations injustes. Accepter la violence de l’assiette est une première étape vers l’acceptation de toutes les formes de violence. Si, enfant, on ne peut pas pleurer sur le sort des cochons et des poules, qui va nous autoriser plus tard à dénoncer celui des êtres humains esclaves? Avec les années, on s’endurcit, encore et encore, jusqu’à ne même plus percevoir la violence comme étant violente. Éventuellement, on peut développer de l’indifférence, voir du mépris, face aux personnes qui osent se plaindre d’une agression sexuelle ou d’une mesure d’austérité gouvernementale. Après tout… il y a bien pire!

L’importance du point de vue d’autrui

Notre société retient et raconte l’histoire des vainqueurs. Personne ne veut entendre parler des victimes, peu importent lesquelles. Peut-être parce qu’on ne veut pas en faire partie?

Le manque d’intérêt pour l’autre est un obstacle de taille au bien-être de toute la société. Quand on commence à chercher le point de vue d’autrui, on se rend compte qu’il brille par son absence. Dans les manuels d’histoire, dans les textes de lois, dans les traités internationaux, dans les attitudes des corporations et aussi à échelle individuelle, dans les dialogues, dans les commentaires sexistes, racistes, spécistes, dans les jugements, les chicanes, les jokes et encore ailleurs.

Considérer le point de vue d’autrui met en lumière l’absurdité de ces discours. Écouter et entendre l’autre me semble suffisant pour, sinon nous inciter à l’aider, au moins nous empêcher de lui nuire.

Le lien entre toutes les formes d’oppression

Cela permet aussi de relier entre elles toutes les formes d’oppression et de violence. Envers les enfants, les personnes âgées, les animaux d’élevage, envers les peuples autochtones, les animaux utilisés pour la recherche médicale, les personnes handicapées, appartenant à des “minorités visibles”, envers les animaux domestiques, les femmes, les hommes, les animaux sauvages, envers les insectes et les oiseaux dans les champs arrosés de produits chimiques. Que ce soit par devoir, par amour, par jalousie, par patriotisme, par biais culturel, pour gagner sa vie ou pour toutes les raisons du monde, cela revient au même.

En effet, toute forme d’oppression est de même nature : elle n’est possible qu’en se fermant aux besoins des autres. À partir du moment où on éprouve de l’empathie, il devient tout simplement insensé de chercher à nuire aux autres.

Pour conclure, il n’y a pas de petite injustice. Faire mal, ça fait mal, même quand on sait qu’il y a pire. Et réagir contre toute forme de violence qu’on perçoit, là où on peut, quand on le peut, ça reste notre meilleur gage de justice. Le véganisme, loin d’être une finalité, et l’empathie sont un gage de paix et de durabilité à long terme.

 

Isis Gagnon-Grenier
Diabétique et joyeuse
www.isisgagnongrenier.ca

 

(1) Le documentaire Cowspiracy présente une excellente synthèse des conséquences environnementales de la production de produits animaux. Je vous le recommande! Suivre ce lien pour accéder aux faits cités dans le film : www.cowspiracy.com/facts/

 

(2) Effectivement, les animaux massacrés sont légion. Suivre ce lien pour une estimation pour le moins bouleversante : Statistiques astronomiques. Je rappelle également qu’aujourd’hui, à de très rares exceptions près, tous ces meurtres sont inutiles.

 

(3) Plusieurs milliers d’études scientifiques sur la nutrition le démontrent : les produits animaux ne sont pas recommandés pour la santé. Je vous invite à consulter le site web www.nutritionfacts.org pour en apprendre plus. Il s’agit probablement du site web de vulgarisation scientifique sur la nutrition le plus référencé au monde, tenu par Michael Greger, un médecin qui lit toutes les études révisées par des pairs qui se publient en anglais dans le domaine de la nutrition humaine. On peut lire la transcription de chaque vidéo ainsi qu’avoir accès aux sources qui sont citées. 

 

Je ne suis pas une végangéliste !

par Miss Chlalom

crazy man devant un train

Honnêtement je me suis toujours posé la question : « Pourquoi le fait d’être végane est autant attaqué ? » Après tout on ne fait de mal à personne, pour la majorité on essaie plutôt de faire le contraire… Et au fil du temps ma réponse à cette question prends des couleurs différentes. Fait intéressant, j’ai fait du travail de rue pendant dix ans, et je sentais le même genre d’agressivité à l’occasion…

Ce qui me mène à ma première hypothèse : la culpabilité. Je me demande si l’agressivité des attaques n’est pas directement liée à la profondeur de la culpabilité ? Si cet agacement ressenti chez les « débatteurs » est bel et bien face au véganisme ou au sentiment profondément enfoui que tout ne va pas si bien au pays des mangeux de viande. Combien de fois j’ai entendu : « À cause de toi je vais me sentir mal la prochaine fois que je vais manger de la viande ! » (Avec des yeux réprobateurs). Pendant que moi en dedans je me dis : « Ben voyons… Si en sachant la vérité il y a un malaise, ne serait-ce pas une bonne chose d’agir en conséquence… Si on aime les animaux, n’est-ce pas normal d’arrêter de se faire croire que A)c’est autre chose que l’on a dans son assiette  B) Que les animaux qui finissent dans notre assiette vivent un pâturage toute leur vie et meurent en s’endormant au son de la flûte » (Entuka… Ça fait du bien de l’écrire). L’inconscient profond de mon interlocuteur, lui, se dit probablement ce genre de réflexion: « Si ça continue comme ça je ne pourrais plus manger mon steak en paix et je vais me questionner, si je commence à écouter cette petite voix quand ça va s’arrêter… Ce sont mes certitudes qui seront en jeu… C’est trop de boulot et ça m’emmerde… Trouvons plutôt des arguments pour me rassurer ».

Et sincèrement ça ne donne rien d’en vouloir, de se fâcher noir… Moi je ne me sens pas mieux, mon interlocuteur est loin d’être plus ouvert et tout devient gris-gris-gris…

Je sais que ce ne sera pas dans ma génération que mes souhaits seront exaucés. Je sais qu’ils le seront et que je ne serais plus là. Je sais aussi que ce sera un peu grâce à moi et beaucoup grâce à tout les gens de ma génération et de celles d’avant qui auront tenu le flambeau, pour que la flamme survive jusqu’à ce qu’elle soit suffisamment forte pour que tous ou presque voient. Il faut l’admettre par moment c’est difficile et c’est beau en même temps de vivre ma conviction, c’est beau que mes valeurs soient assez fortes pour me guider dans un monde non-végane, que mon cœur et ma tête à l’unisson me disent que c’est la bonne voie… C’est doux de me sentir complète et d’être sereine avec mes choix. Je crois que ce sentiment, au cours de ma vie, fera plus de différences que tout les débats que je pourrais avoir, avec des gens qui ne sont de toute façon pas prêts à entendre…

Soyons des véganes heureux, pas des végangélistes  !

P.S. Cela dit je ne dis pas que je ne profiterais pas d’un beau petit moment bien choisi pour avancer quelques arguments à l’occasion…

P.P.S. Et je ne dis pas que j’arrêterais d’inonder mon entourage de bons petits plats véganes maison… Arme massive de conversion…

Plaidoyer pour le véganisme heureux


“I am a happy vegan” – Jo-Ann McArthur

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Crédits photo: Jo-Ann McArthur, We animals

Il y a environ un an, je suis entrée dans une salle de cinéma en tant que végane frustrée. J’allais voir The Ghosts in our machine, un documentaire de Liz Marshall mettant en vedette Jo-Ann McArthur, une photographe des animaux. Celle-ci était sur place pour discuter à la fin de la présentation.

On lui posa une question dont je ne me souviens plus clairement, en lien avec la gestion de la colère qu’éprouvent souvent les personnes végétaliennes face aux choix de vie des autres. Et Jo-Ann répondit, calmement, compréhensive, souriante : I am a happy vegan.

Quand elle a dit ça, pour moi, le temps s’est arrêté. (Je ne me souviens même plus de ce qu’elle a dit ensuite)

J’ai réalisé à quel point c’était important.

Le renforcement positif comme moyen d’influencer les autres, et le besoin d’être bien dans sa peau pour notre propre qualité de vie. Et plus encore : il m’est difficile d’exprimer toute la richesse de ce que j’ai ressenti et réalisé à ce moment-là.

Cela m’a si fortement imprégné que j’ai quitté la salle le cœur en fête, et je me suis dit : quand je vais être grande, je vais être une “happy vegan”! Une personne heureuse de ce que je suis, plutôt que malheureuse de ce que les autres ne sont pas. Cette soirée a marqué un tournant dans ma relation au véganisme. J’ai dû me le rappeler souvent, mais je suis aujourd’hui plus proche de cet idéal que de son opposé. Je crois que ça m’a rendu plus cohérente et plus facile à vivre pour mes ami.e.s, pour ma famille et pour moi-même.

Depuis cette réalisation, j’ai moins envie de me battre contre “les méchant.e.s qui ne sont pas dans ma gang”. Je continue d’agir au meilleur de mes connaissances et capacités. Je mange des végétaux, que des végétaux, principalement biologiques, principalement locaux. Je les achète en vrac, non-emballés, complets. Je m’habille principalement de coton et j’encourage des compagnies éthiques et sympathiques. Mes activités et mon mode de vie sont en accord avec mes valeurs, mes envies, mes idéaux.

Être végane, ça fait du bien. C’est un pas important vers plus de respect des animaux, des humains et de la vie. Un pas important vers un corps sain, vers une utilisation viable des ressources planétaires. Un pas dans la bonne direction pour la conservation de la biodiversité, des rares forêts vierges qui restent à la planète, de la vie marine, et de l’eau potable. C’est une célébration quotidienne.

Et être bien, ça fait du bien aussi. Dans son documentaire Solutions locales pour un désordre global, Coline Serreau disait : “Des films catastrophes ont été tournés, des messages alarmistes lancés, ils ont eu leur utilité mais il faut désormais montrer qu’il existe des solutions, faire entendre les réflexions de ceux qui inventent et expérimentent des alternatives.” Oui. Être en désaccord, dénoncer, je l’ai fait et je le ferai encore, mais aujourd’hui, je dois respirer. Et enseigner. Par l’exemple, qui fonctionne, qui est joyeux.

Et la privation?

C’est une bonne question! Il faudrait me rappeler ce dont je me prive. De décisions qui me rendraient inconfortable? De problèmes de santé que je préfère éviter? De goûts et de textures dont je me souviens à peine… Il y a tellement à explorer dans l’alimentation et le mode de vie véganes que je n’ai pas le temps de penser à ce que je choisis de ne pas consommer. J’ai tant découvert que j’ai l’impression d’avoir beaucoup plus de choix aujourd’hui que j’en avais il y a plusieurs années. Ok, au début c’était un défi, mais non, ce ne l’est plus maintenant. En fait, c’est devenu naturel, j’en oublie même que j’ai déjà fait autrement.

Être végane, c’est franchement cool. C’est un départ individuel pour amorcer une belle transition, un changement de paradigme de société. Ce que je recherche!

Refléxions sur le véganisme, ladite normalité et ledit extrémisme

« N’oubliez pas que la “Normalité” ne veut rien dire. Ce qui est considéré comme “normal” à une époque est anormal dans une autre. Ce qui est considéré comme normal dans un pays, une région, ou un continent, est anormal pour un(e) autre. Ne laissez pas la normalité dicter ce que vous devez être. [Le mot ‘normalité] est la racine… Read more →