L’indifférence ou l’indice d’interférence

L’indifférence ou l’indice d’interférence.

Tu as ouvert la porte du réfrigérateur vers 3 :00 AM, le ventre creusé par une petite fringale nocturne. C’est là que tu as découvert mon piège, un chat mort emballé dans du papier cellophane sur la première tablette, ta tablette, baignant dans sa sauce, juste à côté de ton pot de mayonnaise. Oui, tu as bien reconnu, ton chat. Qui a pris la vie de qui ? Je ne sais pas. Tu décides de fermer le réfrigérateur, d’éteindre sa petite lumière.

Tu ouvres ensuite la lumière de la cuisine car l’angoisse prend vie dans le noir. C’est là que tu as découvert mon second piège, une araignée gigantesque, monstrueuse, qui étalait son visqueux je-m’en-foutisme sur le plafond, ton plafond. Je connais bien ta répugnance pour ces êtres immondes et c’est sans surprise que je t’observe fracasser le monstre d’un coup de poing viril. C’est ma cuisine. Bas les pattes. Qui a pris la place de qui ? Je ne sais pas. Tu décides de quitter la cuisine, tu refermes la lumière au passage.

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Te voilà de retour dans ta chambre, notre chambre. Tu t’allumes une cigarette avec un briquet de Bob l’Éponge, noirci par la flaque de bouette et de crasse dans laquelle tu l’as trouvé. Étant au-dessus de toi, j’en profite pour enfermer dans un petit bocal la fumée que tu recraches pour aller enfumer les poumons d’un singe au nom de la science. J’enfumerai une ruche au passage. Je suis une maman-oiseau qui nourrit ses bébés-oiseaux dans son nid-cotine. Les cigarettes sont testées sur les animaux ? Je préfère croire au cancer. Tu écrases ton mégot avec indifférence dans le fond de ton cendrier.

Tu ouvres ton ordinateur, celui avec la petite pomme dessus, pour naviguer en t’arrimant aux câbles sous-marins qui traversent l’océan pour te permettre de parler à ton ami qui est en Chine. Tu regardes un peu pour une nouvelle paire de souliers, tu demandes des conseils à ton ami qui lui se sent moins mal d’acheter du Nike depuis qu’il est en Chine. J’achète local. Ha ha. J’aime. Je suis à côté de toi mais je ne parle pas. En fait je parle mais tu ne m’entends pas. Je te dis : regarde les singes qui sont entraînés à cueillir des noix de coco attachés à des laisses, regarde les poussins « en liberté » broyés vivants, regarde l’enfant qui crève de faim alors que les poubelles de l’épicerie à côté de chez toi ont une odeur de vies gaspillées, regarde les dommages causés par les pesticides, les colonies d’insectes décimées, les cancers chez les cultivateurs et les cultivatrices, regarde le cheval se faire tirer du plomb dans la tête, regarde la police me taper dessus. Regarde le bout du monde, et pas le bout de ton nez. Et tu te déconnectes… de plus en plus.

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Tu ouvres la braguette de tes pantalons. Tu as envie de moi. Tu fermes la lumière, tu aimes mieux ça dans le noir. Tu ne me trouves pas belle quand je ne suis pas maquillée. Alors c’est mieux comme ça. C’est bête parce que tu voulais me montrer ton nouveau tatouage : un signe de Peace un peu croche. La tour de Peace. Tu te trouves bien comique et tu ne te doutes pas que dans ta peau, il y a l’encre composée d’ossements et de gras et d’enzymes, mais à la limite tu t’en fiches. Vivre et laisser vivre, foutez-moi la paix. Peace. Tu ne m’allumes pas du tout.

Tu ouvres l’emballage du condom et encore une fois tu ne te doutes de rien, des détritus d’animaux dans cet objet si anodin. Tu me fais toujours la même blague comme quoi le sperme c’est pas végane, mais tu te ravises, ça fait ton affaire que je pense le contraire. Je suis à bout de pièges, tu m’as déjouée. Je suis dégoûtée, de toi, des autres, du monde. De moi tant qu’à y être. Oui, de moi. Je suis un animal sauvage, qu’on me mette en cage. Je suis mis en cage car je suis mis-en-thrope. Mais pourtant, il y a cette lumière en moi, ce petit quelque chose qui refuse d’abdiquer. Je voudrais mettre le feu à toute l’humanité, mais ce serait d’aller contre mon discours de non-violence, contre mes convictions profondes, contre mes rêves d’harmonie. Je suis piégée.

Qui a raison ? Je ne sais pas.

J’attends que tu t’endormes pour m’enfuir en courant.

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