Feu d’artifice

“Il y a plusieurs façons de fuir. Certains utilisent les drogues dites psychotogènes. D’autres la psychose. D’autres le suicide. D’autres la navigation en solitaire. Il y a peut-être une autre façon encore : fuir dans un monde qui n’est pas de ce monde, le monde de l’imaginaire. […] Ce comportement de fuite sera le seul à permettre de demeurer normal par rapport à soi-même…” 

  • Henri Laborit, Éloge de la fuite 

Aujourd’hui c’est la Saint-Jean-Baptiste.  

Je vois des gens déambuler fièrement dans les rues avec leurs sourires patriotiques, leurs drapeaux du Québec made in China et leurs 12 packs de bières. Je tourne la tête et je vois ces jambes croches, ces cerveaux ramollis, ces regards flous… tous.

“Hey ! Pas pire, 23.99$ la caisse de 24 ! Méchant spécial. J’ai aussi acheté du rhum mon chum. Avec ça, pour faire descendre la bière, ça va ben nous prendre un bon p’tit barbecue, quessé tu dis de ça ? Des bons hot-dogs sur le barbecue ! Va chercher les enfants !”

Tous en lendemain de veille, prêts et prêtes à s’injecter n’importe quelle substance par intraveineuse.

“As-tu vu ça aujourd’hui aux nouvelles, ça l’air que la race humaine pourrait s’éteindre d’ici 2040. Moi je pense qu’ils sont prêts à nous faire croire n’importe quoi pour qu’on boive leurs paroles de pseudo-apocalypse. Hey ! Regarde ça, la nouvelle Bud Light aux pommes. Pas pire hein ! Y paraît qu’est ben bonne.”

 calage

Soudainement, mon regard se dirige vers l’horaire du spectacle de la Saint-Jean à Montréal. Quel hasard… le commanditaire principal : la SAQ. Société des Alcools du Québec. C’est juste un hasard, oui oui, comme d’habitude : un méchant gros hasard. 

Brainstorming chez Bud Light : 

“On va prendre notre bière et pour la vendre plus facilement, on va écrire facile à boire dessus.”

Ça tombe bien, ce matin j’ai eu de grandes difficultés à boire mon verre d’eau. J’attendais avec une  impatience fébrile la sortie d’un produit miracle pour remédier à mon problème atroce. Merci Bud Light ! Des lumières, vraiment : ça le dit dans le nom.

“Regarde, c’est drôle, y’a des morceaux de saucisses dans mon vomi !”

Finalement, je ferme les yeux, aveuglé par autant d’idioties et par les feux d’artifices qui emplissent mes pupilles, qui explosent mes rétines.

Le 25 juin  : 

“C’est fini la bière. Plus jamais ! Ce soir on va se redorer la santé mon amour. Je nous débouche une p’tite bouteille de vin – c’est bon, c’est des raisins ! – pis je nous fais un bon sauté aux légumes avec, attache ta tuque, du bok choy ! Quand j’ai demandé ça au p’tit gars du IGA, il savait même pas c’tait quoi. Ah ! Ça t’prouve qu’on est ben plus que du p’tit peuple nous autres. Chin !”

Un jour nous comprendrons que l’alcool ne fait qu’engourdir, abrutir et détruire la force que nous possédons mais que nous nous refusons aveuglément. Consommer, c’est abdiquer face au capitalisme sauvage, aux publicités sexistes, aux ravages environnementaux causés par cette industrie, à la violence engendrée par sa consommation, à notre dégradation physique et mentale ainsi que renoncer à notre propre nature. Gélatine, ichtyocolle, miel, ils ont même trouvé le moyen de dissoudre les animaux dans ce venin ! Nous payons pour nous détruire, encore une fois et nous trouvons cela normal et socialement acceptable d’agir de la sorte.

C’est ainsi que tu contrôles une masse : lui faire oublier sa condition servile par tous les moyens possible, et ça commence par l’abrutissement. Abrutis, nous acceptons de devenir comme toutes ces bouteilles : de simples corps morts.

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Ne devrions-nous pas nous concentrer sur ce qui est déjà à l’intérieur de nous et le faire sortir au grand jour, au lieu de faire entrer diverses substances en nous pour altérer notre état ? L’enfant lui, pourtant, n’a pas besoin d’aller chercher sa folie et son imagination ailleurs. Bien évidemment, nous le souillerons, comme les autres.

Je m’élève tranquillement au-dessus de cette masse. Je regarde tout ça de haut, puis je réalise que quand ce n’est pas l’alcool, ce sont les drogues. Les enfants sur le Ritalin, les ados sur le speed, les parents sur les antidépresseurs… Fuyons ! Oublions, oui… oublions.  Je me souviens, mais peut-être pas demain. Bah, c’est normal, c’est la Saint-Jean ! Shooter !

Le combattant fantôme. L’anticapitaliste fumeur de clopes. L’engagé engagé. Un coup dans le vide, personne ne l’a vu. Un tout petit coup, juste assez fort pour faire perdre le souffle à l’ennemi, jusqu’à ce que le vent change de bord. Puis le fantôme retourne au bar, caler des verres déjà vides.

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À tous et toutes les insurgé.e.s, les révolté.e.s, les amoureux, les amoureuses, je vous en prie.
À tous mes camarades, mes ami.e.s, ma famille, écoutez.
À tout le Québec, à tous les humains, cessez.

C’est en plein contrôle de nos pensées et de nos actions que notre cerveau devient une arme beaucoup plus puissante. Dans la sobriété, il y a la santé mais surtout la cohérence et l’espoir.

Je vous invite également à vous intéresser au mouvement Straight Edge ainsi qu’aux diverses façons de redevenir soi-même un peu plus, à tous les jours. Courage ! 🙂 

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