Par solidarité de future maman

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Crédit photo : Jo-Anne McArthur, We Animals

 
Dernièrement, ayant cuisiné des pizzas végétaliennes, on m’a redemandé pourquoi je ne mangeais pas de fromage. J’ai répondu machinalement : « pour éviter de la souffrance inutile, favoriser l’environnement et être en bonne santé ». La discussion s’est terminée ainsi, un peu maladroitement. J’ai continué à y penser et j’aimerais développer ici une nouvelle raison qui m’empêche de toucher aux produits laitiers animaux : la solidarité de future maman.
 
Mise en contexte : l’automne dernier, mon amoureux et moi avons décidé de devenir parents. Nous avons fait l’amour sans protection et en toute connaissance de cause. Je suis aujourd’hui enceinte et heureuse de l’être. J’aimerais vous partager la reconnaissance que j’ai d’avoir vécu cette expérience de cette façon. Non seulement j’étais consentante, j’ai choisi la personne avec qui c’est arrivé, nous souhaitions un.e enfant, j’aime mon amoureux, c’est réciproque… mais en plus, il est de la même espèce que moi!
 
Car cette chance n’est pas donnée à toutes. En effet, je suis l’une des seules mamans ou futures mamans que je connaisse pour qui ça s’est passé aussi joyeusement, parmi les humaines. Parmi les non-humaines, comme nous le savons de plus en plus, c’est souvent encore pire. Rappelons-nous la réalité des vaches laitières, celles qui fournissent malgré elles leur lait aux êtres humains qui n’adoptent pas le végétalisme. Vous vous rappelez que le lait ne vient pas plus naturellement aux vaches qu’aux humaines! Comme toutes les mammifères, les femelles humaines et non-humaines produisent du lait vers la fin de leur grossesse, pour pouvoir nourrir leur(s) enfant(s).
 
Les vaches ressentent de l’attachement, de la répulsion et des sentiments qui ne sont pas très éloignés des nôtres. Elles doivent également éprouver du plaisir sexuel assez similaire au nôtre. Mais en captivité, on ne leur permet même pas ce plaisir de copuler gaiement avec un membre de leur espèce. Non. Ce sont des humains et des humaines qui les pénètrent de tout leur bras pour les féconder, sans préavis, sans demander leur avis non plus. Mesurez-vous la violence de cette situation?
 
Aujourd’hui enceinte de presque 7 mois, je sens tous les jours les mouvements de notre bébé qui bouge en moi. J’adore ça, littéralement. J’aime mon conjoint, je pense à notre enfant, je me caresse le ventre, et je ne peux pas faire autrement que d’avoir hâte de tenir notre bébé dans mes bras. Je vous le jure, j’en suis amoureuse. Tout ce temps de préparation durant lequel un amas de cellules se transforme en amour m’influence jusque dans mes rêves. Je veux bien croire que j’ai plus de connaissances mentales ou de capacité de projection et d’anticipation que les animaux non-humains… Mais je pense à celles à qui on enlève la progéniture dès la naissance et ça me fait mal à leur place. Je ne les ai jamais entendues en personne, ni vues de mes yeux, mais de nombreux témoignages rapportent que les protestations et lamentations des vaches à qui on retire les veaux sont insupportables.
 
Je tremble à cette idée : si j’avais eu la malchance de ne pas appartenir à la bonne espèce… j’aurais pu crier, pleurer, protester, détester, chercher, mais on ne m’aurait pas écoutée. C’est un supplice que d’imaginer ce bébé que j’aurais porté, disparaître, se faire tuer et/ou maltraiter, sans pouvoir agir. Et on aurait répété maintes fois l’expérience, jusqu’à épuisement complet.
 
J’éprouve toujours beaucoup de reconnaissance face aux aspects positifs de ma vie. Depuis que je suis toute petite, le fait de réaliser ma chance ne m’a jamais empêché de rager face au malheur des autres. L’existence même de la violence, des guerres, des injustices économiques, de la faim, de pratiques culturelles absurdes, d’absence de choix, etc, nuit à mon bonheur de personne qui n’en souffre pourtant pas personnellement. Je ne cherche pas à bénéficier de traitements de faveur. J’aimerais juste que toustes aient droit à une vie digne, saine et heureuse.
 
C’est pourquoi, avec mon bedon grandissant, je continue tout aussi fermement à boycotter les produits animaux. Parce que mon bonheur est grand et que j’ai envie de le partager avec les autres, toustes les autres. Et la prochaine fois que je répondrai à la question « Pourquoi je ne mange pas de fromage ? », je glisserai un mot sur l’amour maternel!
 
Enfin, si jamais l’argument vous touche mais que vous ne savez pas par où commencer… N’hésitez pas à lire Artisan Vegan Cheese de Myoko Schinner et à vagabonder sur internet pour combler vos besoins et désirs fromagers. La solidarité a très bon goût!

 

Isis Gagnon-Grenier
Diabétique et Joyeuse
www.isisgagnongrenier.ca

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